Rémy Crespin (Résurrection
Magazine N° 91/2000)
Admirez ce massif de fleurs: quels coloris, quels
parfums! Tiens, un papillon! On oublie les fleurs pour ne regarder que lui,
attirés par ses magnifiques couleurs. Son vol est tout à fait déroutant,
virevoltant de-ci de-là, apparemment sans but, sans programme bien défini, au
gré des coups de vent ou de l'attrait des fleurs. Observons-le: il déroule une
longue trompe qu'il enfonce dans le cœur de la fleur et a l'air de se régaler.
Il remue calmement ses ailes tout en se gavant. Il semble en extase. Puis il
reprend son vol zigzaguant. Gloire à toi, Dieu créateur, pour une de tes
merveilles qui réjouit nos yeux !
Mais ce folâtreur nous a distraits d'un autre insecte
qui semble apprécier lui aussi ce massif. Il faut s'approcher (pas trop,
attention!) pour identifier une humble abeille. Elle n'a pas été gâtée par la
nature pour sa couleur, sa silhouette. Par contre, en l'observant un moment,
nous pouvons remarquer sa méthode de travail. Car si le papillon a l'air de se promener,
s'amuser, elle travaille avec ardeur. Elle ne batifole pas de-ci de-là, elle
examine chaque fleur, s'arrête un moment sur celle qui l'intéresse, en ressort
les pattes chargées de pollen. Si le papillon semble en vacances permanentes,
l'abeille est au travail.
Le papillon a disparu de notre champ visuel. Tiens, le
voilà qui revient! Mais malheur: un oiseau qui guettait dans un buisson
l'attrape en plein vol et retourne sur son perchoir pour le déguster. Pauvre
papillon, il a fini de folâtrer... Au fait, avez-vous déjà vu une abeille
avalée par un oiseau? J'ai l'impression qu'ils doivent éviter cette proie, elle
a des moyens de défense!
Méditons un peu sur cette histoire. Le papillon mène
une vie égoïste, il ne vit que pour lui-même, butinant au gré de sa fantaisie.
L'abeille ne vit pas pour elle-même, mais pour la communauté de la ruche.
Pendant que la reine assure la descendance, que des collègues nourrissent les
bébés, que d'autres collègues gardent la ruche ou assurent la ventilation, elle
va au ravitaillement de cire et de miel. Si sa piqûre est redoutée, elle n'est
pas agressive, elle ne pique que pour se défendre. Si le papillon réjouit nos
yeux, le miel réjouit notre palais et notre estomac. Ce fut l'aliment de base
de Jean le Baptiste. Il était mis sur le même plan que le lait, Canaan étant
annoncé comme le pays «où coulent le lait et le miel».
L'abeille et le papillon, cela ne représente-t-il pas
deux types de chrétiens? Les responsables sont attristés du nombre grandissant
de «chrétiens-papillon», allant d'un endroit à un autre, suçant ou grappillant
ce qu'il y a de bon, toujours à la recherche de «l'Eglise idéale», et ne la
trouvant pas bien sûr, ne vivant que pour eux-mêmes. Ils font beaucoup de
bruit, savent tout (du moins ils en sont persuadés!), vous donnent l'adresse du
nouveau prédicateur à la mode, etc..
Pendant ce temps, plus discrets, des
«chrétiens-abeille» travaillent à la ruche, à construire ou nourrir la
communauté, entretiennent la réserve de miel pour les autres abeilles et les
nourrissons que sont les nouveaux venus à l'Église. On les remarque moins que
les papillons, mais qu'ils sont utiles et efficaces! Le papillon individualiste
est en danger d'être croqué par le «lion rugissant». Les abeilles ont un moyen
de défense individuel et collectif: «Priez les uns pour les autres» et le plus
brave fuit devant une ruche en colère...
En ces temps de confusion, apprécions plus que jamais
la communion fraternelle, le soutien des frères et sœurs fidèles, travaillant
ensemble à édifier l'Eglise, chacun selon le ministère ou le talent qu'il a
reçu!
Qu'en est-il de vous?